Chers tous, 

Il en va d’un Festival comme d’une vie : certains moments clés marquent profondément leurs existences et réaffirment leurs fondements et leurs valeurs.

L’année 2020 et son lot de surprises en tout genre restera gravée dans l’histoire du Festival des Arcs pour de multiples raisons. En premier lieu, parce qu’il s’est tenu !

Et cela relève littéralement du miracle. Du miracle et de la volonté farouche de le maintenir, contre vents et marées, pour que résonne la musique en ces temps si chahutés.

En pleine crise sanitaire, les annulations pleuvant de toute part, assaillis de doutes et de questions sans réponses, sans directives ni protocoles clairs, et sous le coup de plusieurs désistements de sponsors et partenaires, nous avons voulu y croire. Nous savions que si la station des Arcs recevait son public, le Festival se devait de célébrer sa 47ème édition et de remplir les missions qui sont les siennes depuis près d’un demi-siècle.

Certes nous avons dû annuler l’Académie pour toutes les raisons que vous pouvez imaginer ; certes le Festival n’aura duré que 11 jours ; certes les jauges ont été revues à la baisse et le nombre d’artistes réduit de moitié…
Mais Festival il y eut ; et quel Festival : un véritable feu d’artifice !!!

La programmation fut totalement remodelée ; recentrée sur le cœur de répertoire de la musique de chambre, adaptée aux incertitudes dictées par l’évolution de la situation sanitaire, elle fit la part belle aux Schubert, Brahms, Fauré et autres Mendelssohn. L’anniversaire du génial Beethoven fut célébré dignement lors de 4 concerts répartis sur une journée magique, qui se terminait en apothéose par l’interprétation de son triple concerto et de sa troisième symphonie. Oui ! Nous avons réussi l’exploit de faire tenir un orchestre symphonique sur la scène du centre Bernard Taillefer en respectant consignes de sécurité et gestes barrière. La journée Bach aura été un autre temps fort, avec son après-midi de sonates, de partitas, de suites diverses interprétées exceptionnellement devant la magnifique Chapelle des Vernettes, afin que le public puisse y assister sans trop se serrer ; cette journée culminait elle avec une version étonnante des variations Goldberg alternant la partition originale et une transcription pour trio à cordes.

Fidèle à son attachement à la musique contemporaine, le Festival a maintenu la résidence de Camille Pépin, jeune compositrice tout juste auréolée d’une récompense aux Victoires de la musique. Elle fut digne des plus réussies de ces dernières années : une dizaine de ses œuvres interprétées, une création mondiale commande du Festival, des rencontres privilégiées avec de nombreux artistes et l’opportunité de faire découvrir son univers musical à un public ouvert et curieux. Le Festival célébrait également l’anniversaire des vingt ans de la disparition de Olivier Greif, immense compositeur et pianiste français qui fut également directeur artistique de l’Académie-Festival.

Plusieurs nouveautés auront marqué cette édition si spéciale à de nombreux égards. L’obligation de nous adapter et de réagir nous a forcé à inventer de nouveaux moyens de partager avec nos publics notre passion de la musique de chambre. De nombreux concerts furent organisés à l’extérieur, un espace digital créé, « l’espace Roger Godino » – en hommage au fondateur de la station et de son Académie-Festival, qui nous a permis de diffuser certains des concerts en streaming, de présenter conférences et ateliers en replay, de diffuser interviews et réactions et de partager de nombreux contenus digitaux. La communication aussi a été revue pour permettre une réactivité accrue face aux évènements : certains concerts n’ont été annoncés que la veille, d’autres doublés, d’autres encore littéralement improvisés… La présence de 15 jeunes talents, la résidence du quatuor Akilone et du trio Metral, les conférences, les enjeux, les ateliers variés, les rencontres entre les artistes et le public, les concerts pour les enfants, les concerts hors les murs, les concerts œnologiques, les concerts en plein air : tous auront marqué de leur empreinte cette édition différente, émouvante, surprenante, mais avant tout vivante !

Un immense merci à tous les musiciens qui se retrouvaient sur scène pour la première fois depuis de nombreux mois et qui ont su se rendre disponibles et s’adapter aux conditions particulières de ce drôle de Festival, au public qui a assisté fidèlement à tous ces concerts en se pliant aux règles en vigueur, aux partenaires institutionnels et privés qui se sont mobilisés à nos côtés pour les rendre possibles, et à nos adhérents qui ont redoublé d’efforts pour compenser les inévitables pertes financières.

Ce sont ces temps incertains et leur gestion qui permettent de jauger la valeur et l’importance d’un évènement, et je crois pouvoir dire sans crainte de me tromper que notre beau Festival ressort grandi de cette épreuve, et qu’une fois la tempête derrière nous, il n’en sera que plus fort, plus pertinent, et plus indispensable.



Eric Crambes, Directeur artistique de l’Académie-Festival des Arcs


Académie Festival des Arcs / création Harvest